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Conference papers

"Mises en mots des mémoires de l'immigration en région parisienne dans les années 2000 : à quelles conditions peut-on parler d'un processus de patrimonialisation ?"

Résumé : L’analyse qu’on va présenter est issue d’une recherche effectuée en 2008-2009 pour le compte du ministère de la culture et de la communication (direction de l’architecture, mission à l’ethnologie) et de la cité nationale de l’histoire de l’immigration à la suite d’un appel d’offre dont l’intitulé était Mémoire de l’immigration: vers un processus de patrimonialisation ? Le programme de recherche, fondé à l’origine sur une logique de grammaire d’inventaire, visait à faire émerger des lieux privés ou publics, susceptibles d’être porteurs d’une mémoire immigrée. Dans ce programme, on s’est attaché plus particulièrement à mettre en évidence la mémoire des lieux propres à de jeunes migrants issus de quartiers urbains sensibles, situés dans la périphérie parisienne, scolarisés dans deux lycées professionnels de la communauté d’agglomération de Plaine Commune et domiciliés en Seine-Saint-Denis (Bertucci, 2009, 2010, 2011). La méthodologie retenue a consisté à demander aux élèves de produire des textes écrits dans lesquels ils évoquaient les lieux auxquels ils étaient attachés ou qui avaient de l’importance pour eux. 181 textes ont ainsi été recueillis. L’échantillon a été élaboré pour répondre aux objectifs spécifiques de l’étude. Les élèves étaient âgés d’environ 17 ans au moment de la recherche. On a choisi la Seine-Saint- Denis parce que la population y est jeune et que les populations issues de l’immigration y sont bien représentées. On en infèrera que cette présence des migrants participe à une redéfinition de l’identité urbaine (Miranda, 2005 : 279). L’objectif était de mettre en évidence des lieux ancrés dans la mémoire immigrée, et également propres à une classe d’âge, la jeunesse. L’hypothèse de départ était qu’allaient émerger des lieux non monumentaux, marqués par la ténuité, la précarité et une contre légitimité, et par l’absence de hauts lieux, sans que cela interdise pour autant le processus d’une patrimonialisation envisagée non dans une perspective monumentale, mais dans le cadre d’une vision anthropologique intégrant des éléments relevant de la vie quotidienne et de l’expérience ordinaire. On définira le patrimoine de façon très générale comme « l’héritage qu’un groupe humain cherche à transmettre aux générations futures » (Gravari-Brabas, 2005 : 11). La présentation s’efforcera de montrer que les lieux évoqués sont à la fois stigmatisés et symboliques, qu’ils révèlent des modes d’habiter spécifiques et qu’ils font apparaître les liens qui se tissent entre les territoires et les histoires de vies. Les textes qui vont être évoqués participent à une construction identitaire, à l’élaboration d’une mémoire sociale collective, enracinée dans des lieux bien précis, les cités, qui ne sont pas des « territoires sans histoire [...]» «noyés sous le béton » (Béghain, 1998: 88). Dans cette perspective, on fera l’hypothèse qu’ils contribuent à leur manière à la production symbolique de lieux exemplaires (Micoud, 1991 : 7) dotés d’une efficience historique (Gadamer, 1996). Aptes à susciter une interprétation, ils constituent des objets sémiotiques analysables dans le cadre d’une économie des biens symboliques4 (Bourdieu, 1977). Au-delà, cette présentation a pour objet de donner une texture affective aux arguments opposés à la démolition des grands ensembles ou des cités. En effet, il a été montré (Veschambre, 2014 : 81) que les habitants de ces cités ne sont pas indifférents à la qualité architecturale du bâti des grands ensembles, mais que l’expression de leur attachement a du mal à s’exprimer en raison de la faiblesse de leurs compétences en la matière. Les textes, qui vont être présentés ici, vont développer la dimension sentimentale de l’attachement des habitants à ces lieux et mettre en évidence un processus original de patrimonialisation et d’appropriation de ces cités ainsi que leur valeur mémorielle. On verra d’abord comment les cités de la périphérie constituent le patrimoine d’une altérité minorée à travers la mise en évidence de l’attachement des habitants à leur égard, puis qu’elles sont le lieu de solidarités communautaires sur lesquelles se construit une forme de mémoire de l’immigration et qui mettent en évidence l’originalité du processus de patrimonialisation à l’œuvre ici. Enfin, on essaiera de montrer en conclusion que la dimension mémorielle et patrimoniale de ces textes tient à ce qu’ils expriment en discours un vécu juvénile collectif.
Document type :
Conference papers
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Contributor : Marie-Madeleine BERTUCCI Connect in order to contact the contributor
Submitted on : Wednesday, June 29, 2022 - 6:01:12 PM
Last modification on : Wednesday, July 20, 2022 - 3:39:55 AM

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  • HAL Id : hal-03703319, version 1

Citation

Marie-Madeleine Bertucci. "Mises en mots des mémoires de l'immigration en région parisienne dans les années 2000 : à quelles conditions peut-on parler d'un processus de patrimonialisation ?". Table ronde de la rencontre Forum Histoire et Mémoire, Génériques, Profession Banlieue, Département de Seine-Saint-Denis, Nov 2017, Bobigny, France. ⟨hal-03703319⟩

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