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Conference papers

"De Bernstein à Labov, la complexité des pratiques langagières : un facteur de discrimination sociales et scolaires ?"

Résumé : Basil Bernstein dans Langage et classes sociales construit une théorie de l'apprentissage du langage (1975 : 25), selon laquelle le développement linguistique de l'individu dépend du groupe social auquel il appartient. L'examen des pratiques de groupes économiquement distincts permet de dégager des attitudes spécifiques par rapport au langage et fonde l'opposition entre ce que Bernstein identifie comme le langage formel ou code élaboré et le langage commun ou code restreint. Sans créer par lui-même des modes de relations complexes, le langage formel facilite la construction et la hiérarchisation de concepts en vue de l'organisation de l'expérience et de l'intériorisation de la structure sociale du groupe. La précision de l'organisation syntaxique est la caractéristique essentielle du langage formel. Elle permet l'expression de toutes les nuances logiques à travers notamment l'appareil complexe de la subordination (1975 : 30 et suiv.). Le langage commun (1975 : 32) n'est pas orienté à l'inverse du précédent vers l'expression verbalisée de dispositions personnelles. Le langage commun est plutôt constitué de phrases courtes à la syntaxe simple. On y relève peu de propositions subordonnées. Les relations logiques trouvent pour s'exprimer d'autres moyens. Le vocabulaire, moins étendu, sert souvent à la construction de formules développant des affirmations catégoriques ou recherchant l'approbation de l'interlocuteur. Le langage commun, pour être appréhendé avec précision, ne peut se dissocier de la relation de communication où il se situe. En effet, il s'agit moins pour le locuteur de développer une démonstration fondée sur une argumentation conceptuelle rigoureuse que d'ancrer dans la relation de communication, la légitimité du discours prononcé. Ceci explique la présence de formules d'appel au consensus, l'utilisation de proverbes, la recherche d'approbation. Ces outils serviraient selon Bernstein de substituts argumentatifs. La théorie développée au sujet du code restreint par Bernstein et les discriminations sociales fortement discriminantes et inégalitaires qui peuvent en résulter ont été vivement critiquées par William Labov. Etudiant la langue parlée dans les ghettos urbains de New York dans les années 60, ce dernier a dénoncé (1978 : 27 et suiv.), le stéréotype ethnicisé profondément ancré dans un certain discours commun d'un parler identifié à celui des Noirs qu’il désigne comme le vernaculaire noir américain ou VNA. Le VNA serait responsable, selon le discours commun, du taux élevé d’échec scolaire observable dans ces espaces. Or Labov rejette cette conception et ce pour différentes raisons. Il insiste en premier lieu sur les spécificités du VNA qu’il analyse comme un système qui se distingue des autres variétés d’anglais, au rang desquelles il compte l’anglais de scolarisation, par le nombre de traits langagiers non normés qu’on y observe et qui mettent en évidence son éloignement de l’anglais standard (1972 : 36). Il insiste ensuite sur la nécessité de ne pas interpréter ces spécificités du VNA en termes de déficit, d’erreurs et d’infractions à la norme de l’anglais standard (Ibid.) mais comme les manifestations d’une structure langagière propre à ce dernier non sur la totalité du système mais sur un certain nombre de points de vulnérabilité de l’anglais standard (1978 : 38). En cela, il s'oppose clairement à Bernstein (Bertucci, 1997). Il attribue ensuite les difficultés scolaires des enfants des ghettos dont il étudie le parler et la perception qu’en ont les enseignants « à une situation d'ignorance réciproque » (1978 : 28 et suiv.), fait qui doit être pris en considération pour étudier les interactions dans la classe. Les résistances des élèves à s’approprier l’anglais de scolarisation viendraient des contradictions apparentes entre le parler qu'ils utilisent et celui de l’enseignant. Ces différences de structures jointes à des différences de fonctions, (la fonction de l'anglais de scolarisation n'est pas la même que celle du VNA), expliqueraient pour partie les réticences des élèves concernés à apprendre une langue perçue comme distante, dans un contexte pouvant être ressenti comme hostile et déstabilisant. La communication se propose de mettre en évidence l’évolution des théories linguistiques concernant les parlers non normés en partant d’une analyse des différences de perspective de Bernstein et Labov. Elle s’efforcera de montrer d’abord en quoi le code restreint et le vernaculaire noir américain se distinguent en raison d’une problématisation différente de la question, Bernstein se fonde sur les notions de classes sociales et de cultures de classes, Labov sur celle de clivages ethniques et ensuite en quoi cette opposition impacte l’analyse du degré de complexité des variétés non normées proposée par l’une et l’autre conception. Bibliographie Bernstein, Basil (1975). Langage et classes sociales. Paris: éditions de Minuit. Bertucci, Marie-Madeleine (1997). L’analyse des erreurs : trois théories. Travaux de didactique du français langue étrangère 37. Montpellier : publications de l’université Paul Valéry, Montpellier 3 : 63-88. Labov, William (1972). Is the black English Vernacular a separate system? Language in the inner city. Studies in the Black English Vernacular. Philadelphia: University of Pennsylvania Press: 36-64 Labov, William (1978). Le Parler ordinaire. La langue dans les ghettos noirs des États-Unis. Paris: Editions de Minuit.
Document type :
Conference papers
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Contributor : Marie-Madeleine BERTUCCI Connect in order to contact the contributor
Submitted on : Friday, July 1, 2022 - 12:30:39 PM
Last modification on : Friday, August 5, 2022 - 2:45:59 PM

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  • HAL Id : hal-03704353, version 1

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Marie-Madeleine Bertucci. "De Bernstein à Labov, la complexité des pratiques langagières : un facteur de discrimination sociales et scolaires ?". Simplicité et complexité des langues dans l'histoire des théories linguistiques (SHESL-HTL 2020), Société d'histoire et d'épistémologie des sciences du langage ; laboratoire d'histoire des théories linguistiques, Jan 2020, Paris, France. ⟨hal-03704353⟩

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