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Conference papers

Quelle place et quel statut pour les œuvres fictionnelles narratives littéraires dans les corpus du français contemporain des cités ?

Résumé : La communication s’intéressera à l’utilisation que fait la littérature du français contemporain des cités / de la / des langue(s) et parlers des cités. Elle s’appuie sur le constat que ces représentations fictionnelles narratives contribuent à une spectacularisation et à une folklorisation de ces pratiques langagières. On fera l’hypothèse que ces deux processus constituent une forme de récupération, soulignée très tôt. Ainsi, H. Boyer et J.-M. Prieur ont analysé ce phénomène comme une « déviance récupérable » (1996 : 67) ; D. Tejedor de Felipe a évoqué la notion de « folklorisation de l’argot des jeunes » (2004 : 19). On notera que ces productions sont souvent des œuvres populaires et à succès, largement diffusées, notamment parce qu’elles relèvent du genre de la comédie. Elles contribuent à la circulation de ces pratiques, à leur diffusion en dehors de l’espace des cités et de ce fait à leur récupération / folklorisation. Cette utilisation des formes non normées et en particulier de l’argot, dans les œuvres de fiction, quel que soit leur statut, et la chanson, est ancienne et antérieure aux pratiques langagières visées par le colloque. Le processus de récupération / folklorisation également. La communication s’intéressera moins à ce processus de récupération en tant que tel, qu’au fait qu’il donne une forte visibilité à ces pratiques et qu’il conduit à s’interroger sur l’usage que les socio/linguistes peuvent faire de ce type de sources, d’une part pour la construction des corpus et d’autre part pour la construction de l’objet « pratiques langagières des cités » au sens large (ie incluant également les langues des migrants, les manifestations des langues en contact). En effet, ces œuvres s’assument délibérément comme des fictions et leurs auteurs ne sont pas astreints aux mêmes contraintes - on ne voit pas d’ailleurs pourquoi ils le seraient- qu’ un chercheur dont l’objectif est la construction d’un savoir et qui, de ce fait, se soumet à aux impératifs de sa méthodologie et de son cadre théorique, notamment en ce qui concerne ses sources mais pas seulement. Dans ces conditions, il paraît difficile de considérer qu’on puisse prendre en compte les formes proposées dans ces œuvres de la même façon que les formes recueillies par les socio/linguistes et figurant dans les corpus oraux. Dans un premier temps, la communication tentera de montrer en quoi ces œuvres peuvent être considérées comme des sources et dans quelles limites. Dans un second temps, la communication soulignera que, du fait de leur dimension de spectacularisation et de folklorisation véhiculées par la littérature, les pratiques langagières des cités constituent un exemple particulièrement représentatif, d’objet de recherche contemporain sur lequel s’entrecroisent des démarches et des méthodologies très diverses. En effet, on ne peut ignorer un certain nombre d’orientations prises par d’autres disciplines que les sciences du langage et qui s’intéressent également à ces questions du point de vue qui leur est propre. On pense ici à l’anthropologie, à la sociologie narrative, à l’histoire ou aux Cultural studies anglo-saxonnes. Ces disciplines ont en commun de s’intéresser au récit dont la nature protéiforme, est suffisamment souple pour s’adapter à des projets aussi distincts. On sait que par ailleurs les courants réaliste et naturaliste en littérature, en particulier Balzac et Zola mais aussi Flaubert, Les Goncourt, Huysmans, ont théorisé la question de l’aptitude de la littérature à produire du savoir malgré son statut fictionnel et ont développé des méthodologies à cet effet. On observe la même tendance au cinéma tant sur le plan théorique que technique, on pourrait conduire le même type d’analyse pour d’autres formes artistiques, photographie et peinture. Ces aspects sont connus et ont fait l’objet de nombreux travaux. L’intérêt des sciences humaines et sociales pour la forme narrative comme vecteur de production d’un savoir l’est moins. Ces éléments nous amènent à proposer l’idée que les sciences du langage, et en particulier la sociolinguistique, ne peuvent pas faire l’économie d’un questionnement sur le statut qu’elles doivent conférer à ces sources fictionnelles, moins au regard de leur statut de fiction, qu’au regard d’un retour réflexif sur leur méthodologie en tant que sciences du langage et sur la question des corpus de manière prioritaire, et notamment des corpus constitués à partir d’œuvres fictionnelles narratives. Au-delà, la communication proposera de s’interroger sur le positionnement que les sciences du langage peuvent adopter pour s’inscrire dans cette réflexion contemporaine sur le narratif en tant que méthodologie de recherche, réflexion partagée avec les sciences humaines qui ont été mentionnées plus haut, d’autant plus que le statut accordé au récit et sa restitution est très variable selon les disciplines. On admettra pour conclure que les sciences du langage ne peuvent faire l’économie d’une réflexion sur la relation qu’elles ont à construire avec ces disciplines sur la question des corpus et de la place du narratif au niveau de leurs démarches méthodologiques.
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Conference papers
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Contributor : Marie-Madeleine BERTUCCI Connect in order to contact the contributor
Submitted on : Tuesday, June 28, 2022 - 7:38:06 PM
Last modification on : Friday, August 5, 2022 - 2:46:00 PM

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Marie-Madeleine Bertucci. Quelle place et quel statut pour les œuvres fictionnelles narratives littéraires dans les corpus du français contemporain des cités ?. Langue(s) et littératures des cités 2017, Centre Interuniversitaire d’Études Françaises (CIEF), Département d’Études Françaises et Centre de Réussite Universitaire (CRU) de l’Université Eötvös Loránd (ELTE) de Budapest (Hongrie) avec le concours de l’Université Paris Descartes (France)., Nov 2017, Budapest, Hongrie. ⟨hal-03708025⟩

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